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Le choix de l’allaitement7 min de lecture

Amélie a vécu ce que – malheureusement – beaucoup de femmes vivent : la pression de l’allaitement. La société veut nous imposer beaucoup de choses en tant que mères et nous sommes tout de suite jugées si nous ne respectons pas ces a prioris. Après un accouchement éprouvant et un début d’allaitement au sein compliqué, elle a fait le choix de l’allaitement au biberon, comme elle aime l’appeler, pour le bien-être de sa famille. Voici son témoignage.

Comment s’est passée ta grossesse ?

Plutôt bien, même si j’ai été arrêtée tôt car j’avais beaucoup de contractions.

Et ton accouchement ?

Je discutais sur mon téléphone avec une amie enceinte et j’ai perdu les eaux, vers 23h. Je n’avais pas de contraction donc la maternité nous a dit d’attendre. Le papa a appelé son collègue pour faire les transmissions du travail. De mon côté, je n’ai pas réussi à dormir et deux/trois heures après j’ai commencé à avoir des contractions. J’ai pris une douche et je me suis lavée les cheveux, car je me suis dit que je ne pourrais pas le faire avant un moment (rires). Puis nous sommes allés à la maternité en taxi. 

Tu étais inscrite à quelle maternité ?

Les Bluets. Quand nous sommes arrivés, ils n’étaient pas sûrs de nous garder. Nous avons eu la dernière salle de travail. J’avais des contractions très fortes. Je suis allée dans la baignoire. D’ailleurs, pour l’anecdote, j’avais pris un maillot mais là je n’avais plus aucune pudeur avec la douleur. C’était horrible, moi qui attendais de pouvoir aller dans la baignoire, je luttais pour me tenir au rebord et ne pas me noyer. Mon compagnon s’endormait à chaque contraction alors que c’était le pire moment pour moi, à tel point que je voulais qu’on m’endorme. Il était tellement épuisé, il s’est dit que c’était le seul moment qu’il aurait pour se reposer puisque j’avais les yeux fermés. Alors que moi, intérieurement, j’avais envie de le frapper (rires). On a essayé de m’aider mais je n’arrivais pas à dire que la situation s’empirait avec ce qu’ils faisaient. La sage-femme a voulu m’examiner mais elle n’a pas pu, car les contractions s’enchainaient sans pause. Quand elle s’en est rendue compte, elle a renoncé à l’examen et l’anesthésiste est venu me poser la péridurale. C’était une libération, j’ai pu dormir. 

Et la suite du travail, c’était mieux ?

C’était très long. Je suis allée sur le ballon pour aider. On a mis de la musique. C’était un moment enfin “cool”. Puis l’équipe médicale a débarqué car j’avais une contraction qui ne passait pas et le rythme cardiaque du bébé était en train de diminuer. Ils m’ont dit que j’allais peut-être avoir une césarienne en urgence. Finalement, ils ont injecté un produit qui a permis de stopper la contraction. J’avais envie de pleurer quand j’ai réalisé la gravité de la situation. Après un long moment, j’ai enfin pu accoucher par voie basse. Ils ont dû utiliser une ventouse, j’ai eu la sensation qu’on arrachait mon bébé de mes entrailles. J’ai bien senti la douleur avec la ventouse, l’anesthésie n’étant pas terrible à ce moment-là. Je n’ai pas eu d’épisiotomie mais ça m’a valu une bonne déchirure. D’ailleurs, pour l’anecdote, avant de pousser, la sage-femme est venue s’assoeir sur le lit pour me rassurer et il s’est effondré à moitité. Quand la médecin est venue avec la ventouse, et alors que je poussais depuis une demi-heure, elle a réalisé qu’il y avait un problème avec le lit et l’équipe médicale a débattu de la responsabilité de chacun alors que moi j’attendais de pouvoir reprendre l’expulsion de mon bébé. Quand il est enfin né, j’étais surprise et je l’ai trouvé tout de suite très beau. Mais personne ne m’avait tenu au courant de l’avancement donc j’ai été prise de court. L’instant d’avant c’était l’enfer et celui d’après, un moment de joie intense, d’extase.

Combien de temps a duré le travail pour toi ?

Vingt-quatre heures. Le bébé est né à 23h30 le lendemain. Comme j’ai accouché la nuit, j’avais une grosse lumière braquée sur moi pendant la poussée. Autour, la sage-femme dans le noir m’encourageait. C’était très théâtral. 

Et après l’accouchement ?

On m’a recousue et je sentais la douleur. On m’a donc mis du gaz hilarant et ça a bien marché, j’ai été complètement désinhibée. Ça ne change pas la douleur mais la perspective de celle-ci. Puis, j’ai fait un gros malaise, avec une chute de tension. J’ai eu une angoisse de mort à ce moment-là. Et, à cause de ce malaise, je n’ai pas pu faire la première tétée. Ils ont tiré mon lait et le papa l’a donné à la petite cuillère au bébé. Je les ai trouvés très beaux, tous les deux. C’était mon désir d’avoir un enfant, alors que ça a mis du temps pour mon compagnon et je m’inquiétais de comment il serait comme papa. Ce moment m’a rassurée sur sa paternité. Quand notre bébé est arrivé, je me suis dit, c’est bon, je peux mourir, il est né. Et puis, au contraire, j’ai réalisé qu’il avait besoin de moi et que je n’en avais plus le droit.

Tu es ensuite montée dans ta chambre ?

Non, ils m’ont gardée longtemps à cause du malaise. Puis, ils m’ont mis dans un fauteuil roulant pour monter dans ma chambre. En voyant les autres mamans au début de leur travail qui attendaient, j’ai ressenti un sentiment de puissance, une immense fierté de ce que je venais d’accomplir. On a l’impression de pouvoir tout surmonter après ça. J’ai même demandé mon compagnon en mariage. Il a dit non (rires). C’était dû à cette impression que, maintenant qu’on avait vécu cela ensemble, on pouvait tout traverser. Je suis arrivée dans la chambre à 4h du matin le lendemain et nous avons eu un repas, après deux nuits blanches. 

Et le retour à la maison ?

Ça s’est bien passé. Ma belle-mère était là et s’occupait des nuits, papa du repas et du ménage. L’allaitement au sein ne prenait pas, on n’arrivait pas à s’accrocher avec mon bébé, il ne prenait pas assez, ne se positionnait pas bien. Parce que le papa a dit qu’il fallait arrêter le sein, ça m’a libérée, c’était beaucoup mieux. C’est là qu’on a pris confiance en nous. 

Tu peux nous parler plus en détails de ton allaitement ?

J’ai eu un gros baby blues à la maternité. Je m’étais dit que j’essaierais l’allaitement au sein  mais je ne voulais pas me battre pour. Aux Bluets, ils sont très pro-allaitement au sein et ils ne m’ont pas écoutée ; en fait, ils n’ont même pas cherché à savoir ce que je désirais. Je souffrais beaucoup avec la cicatrice donc je donnais le sein sur le côté mais le bébé n’aimait pas. On me disait de me mettre dans une autre position, mais elle me faisait souffrir. En gros, on me disait de souffrir pour qu’il puisse téter. C’était vraiment un allaitement à trois, papa a vraiment participé, c’est lui qui mettait notre bébé au sein. Ce côté-là était assez beau. Mais ce n’était pas un moment agréable, bébé pleurait – car il avait faim – et moi j’avais mal. Les puéricultrices l’agrippaient par le crâne et le mettaient de force au sein, il hurlait, c’était très violent pour nous trois. Ce n’était bon pour personne. Je me demande si ça aurait été différent si j’avais pu faire la première tétée. Mais, vraiment, arrêter l’allaitement au sein a été la meilleure décision qu’on a prise. Je voudrais dire aux futures et nouvelles mamans que l’allaitement au biberon peut aussi être très positif : ça l’a été pour nous.

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