Le culte de l’ignorance4 min de lecture
Dans un monde où le savoir n’a jamais été aussi facilement accessible, l’ignorance fait encore beaucoup de dégâts… Billet d’humeur en ces jours où le soleil nous manque.
“T’inquiète pas, c’est facile, il suffit de…” La phrase qui tue. Vous connaissez “l’effet Dunning-Kruger” ? Un biais cognitif qui fait que, plus on est ignorant sur un sujet, plus on est certain de s’y connaître (et, à l’inverse, plus on apprend sur un sujet, plus on se rend compte de l’étendue de notre ignorance concernant celui-ci).
C’est un peu ce qui se passe quand les gens vous disent “c’est facile, il suffit de…” : parce que, quand on n’y connaît rien, on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Un peu comme le soulignait Mark Manson dans L’art subtil de s’en foutre : quand on regarde une rockstar sur scène, ça peut sembler facile et très glamour, mais ça cache un nombre dingue d’heures de travail pour en arriver là.
Dis-moi ce que je ne sais pas ou l’importance de l’éducation
L’ignorance tue. A bien des égards. Mais elle tue notamment la confiance. Car, quand des personnes qui n’y connaissent rien tentent de vous prouver par A+B qu’elles savent mieux que vous qui avez la connaissance, alors ça peut être à la fois agaçant et déroutant.
Si l’effet Dunning-Kruger date des années 90, les philosophes grecs écrivaient déjà à ce sujet. Aristote disait : “L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit.” et Socrate “Je sais que je ne sais rien”. (De bons sujets de bac de philo, soit dit en passant.)
Cette humilité manque souvent aujourd’hui et elle tue la curiosité des uns, la confiance des autres, et l’intelligence des derniers. C’est elle qui déclenche l’intolérance, la méfiance de l’étranger, les discriminations, voire les guerres.
Quand on dit que l’éducation est une arme puissante, ce n’est pas pour rien. Quand un pays dépriorise l’éducation, il dépriorise tout. A commencer par un pays où il fait bon vivre.
Un expert en vaut mieux qu’un autre ?
Mais je me perds. Le sujet de fond de mon article est l’expertise. Certains experts sont plus respectés que d’autres. Lorsqu’un médecin vous présente un diagnostic, peu de gens le remettent en question. En revanche, on remet en cause bien plus facilement les sciences sociales. Ce qui me semble être une aberration. On valorise énormément les chiffres dans notre société et tout ce qui est métier social – au sens analyse qualitative ou service aux autres – est dénigré. Or, le monde ne peut se passer de ses analystes et encore moins des gens qui consacrent leur vie à rendre celles des autres plus simples.
Avec tout le savoir que nous avons à portée de nos mains, avec tous les écrits sur le sujet, avec toutes les preuves concrètes… comment peut-on encore dénigrer ce type d’expertise ?
La population est composée de 15 à 20% d’hypersensibles. Elaine Aron les considèrent comme les “conseillers”. Ceux qui permettent de modérer les gens qui sont dans l’action et dans une posture “guerrière”. Il semble qu’il existe une corrélation entre cette hypersensibilité et ces personnes qui remplissent les rangs des fonctions “artistiques” ou “sociales”. Quand rendrons-nous un réel hommage à ces femmes et ces hommes qui permettent de faire du monde un endroit plus doux ? Ces femmes et ces hommes qui nous permettent de rire ou de pleurer, d’expérimenter joie ou nostalgie grâce à une musique, enchantement des yeux grâce à une peinture, douceur grâce aux soins prodigués, harmonie grâce à leur façon de nous aider à communiquer…
Et nous continuons d’ignorer…
Le monde semble sans-dessus-dessous… Peut-être parce que j’y regarde de plus près, peut-être parce que c’est vraiment le cas. J’ai du mal à comprendre l’aberration par laquelle on détruit notre planète à petit feu, physiquement et moralement. Un monde où juger les femmes semble être un passe-temps. Où on s’en prend aux mères, car, quoiqu’elles fassent, elles ont toujours tort. A quel moment s’en prend-on à celles qui permettent à l’espèce humaine de subsister ? Un monde où on s’entretue pour des raisons qu’on a même oublié. Un monde où la haine prédomine la tolérance.
Alors, oui, je le redis : l’ignorance tue. Peut-être serait-il temps d’apprendre. Apprendre à connaître et reconnaître l’autre dans toute sa valeur. Apprendre à être humble quand on ne sait pas. Apprendre à se faire confiance. Apprendre à vivre dans un monde un peu plus doux dans une époque un peu trop dure avec l’humanité…
Je rêvais d’un autre monde…
Vous aimerez aussi
Le Grand Incendie 5/9
26/05/2020
Voyage dans l’univers de Tolkien
19/12/2019