Maisons Alfort
Fiction,  Mes articles

Emotions4 min de lecture

Les émotions sont quelque chose d’étonnant. A un instant, vous vous sentez bien, en paix avec vous-même, avec les autres. L’instant d’après, un événement, aussi insignifiant soit-il pour le reste du monde, bouleverse tout ce qui s’ensuit.

Il se baladait sur les bords de Marne, à Maisons Alfort. Il était sorti du magasin Picard, les courses à la main — avec un nouveau sac dont il ne saurait que faire, car il avait encore oublié de prendre celui en tissu dans son hall d’entrée. Les rues étaient désertes en ce dimanche matin de vacances. Le soleil valsait sur les fenêtres aux volets fermés et sur les toits luisant de la pluie de la veille. Le printemps était enfin là. On pouvait même entendre le chant de quelques oiseaux. Il lui suffisait de traverser une avenue et le paysage de ville se transformer en celui de la campagne. Le fleuve, les arbres, les animaux, les insectes. Au coeur de la cité mais loin de tout. Il aimait ce contraste. A un instant, il se trouvait dans le brouhaha citadin et les pots d’échappement des voitures, et celui d’après en paix dans un endroit calme et désertique. Mais, en ce jour saint, la sérénité le poursuivait sur les deux fronts.

Il aurait souhaité que ce soit la même chose la veille. Tout allait bien, ils riaient, ils buvaient, et en l’espace d’une seconde et de quelques mots mal placés, le ciel s’était assombri. Il jeta un oeil au-dessus des arbres : pas le moindre nuage aujourd’hui. Il soupira. Personne à blâmer, juste notre humanité et ses imperfections.

Il continua sa balade le long du fleuve. Il aurait bien aimé qu’ils puissent s’expliquer, là, au calme. Mais il n’avait que son esprit déboussolé pour lui tenir compagnie. Les choses ne devraient pas être si compliquées, pensa-t-il. Il fut perturbé dans ses pensées par le bruit soudain du frottement des ailes avec l’air. Un moineau s’envolait près de lui. Il l’observa. Puis son regard se porta de nouveau sur l’eau. Les reflets du soleil dansaient à sa surface. Il trouva cette vue apaisante. Se rappelant le but premier de sa sortie, il accéléra le pas. Le sac isotherme ne lui permettrait de conserver la nourriture qu’un temps.

Après quelques minutes supplémentaires de promenade, où il passa de la sérénité au stress en passant de la nature à la ville, il arriva devant la porte de son appartement. Il lui semblait se trouver seul dans son immeuble. Un tour de clés et le voilà dans le hall d’entrée. Le fameux sac reposait toujours sur la table. Il s’empressa de ranger ses courses puis s’installa sur son canapé. Avant même qu’il n’ait pu souffler, son téléphone sonna. Rendez-vous au café, en face du métro. Elle avait enfin répondu. Un soupir de soulagement lui échappa. Il refit en sens inverse le chemin. Repasser par le calme des bords de Marne lui permettrait de conserver plus longtemps son sang-froid.

Il se surprit à imaginer que la ville avait des émotions similaires aux siennes. A l’heure actuelle, elle avait chaud et se sentait ainsi forte et invincible. Sous les arbres, elle était plus mesurée, plus timide.

A la fois pressé d’arriver et plein d’appréhension, il ajustait son rythme en fonction de ses pensées. Il avait peur de tout gâcher. Pouvait-il se permettre d’être lui-même ? Et pourtant, à quoi bon être quelqu’un d’autre ? Cela le rendrait pour sûr malheureux d’être en contradiction avec le plus profond de son être. Il s’arrêta et regarda passer un bateau. Il voguait doucement sur l’eau calme de la Marne. Cette vue l’apaisa. Le doux bruit de l’eau, la lenteur du véhicule marin, le léger mouvement des arbres… Mais il voulait en avoir le coeur net. Alors son pas se fit plus affirmé. Il ne servait à rien de repousser l’échéance.

Il arriva devant le café. Le beau temps avait attiré un peu de monde, mais les conversations se distinguaient à peine, comme si les gens n’osaient perturbé le calme de l’endroit. Comme s’ils respectaient le congé hebdomadaire de la ville et laisser la quiétude régner. Il prit une grande inspiration et balaya du regard la terrasse.

Elle était assise, ses lunettes de soleil sur le nez, un verre de vin rouge devant elle. Ses cheveux clairs étincelaient au contact des rayons de l’étoile. La tête baissée, elle se concentrait sur sa lecture. Elle aussi reflétait la sérénité ambiante. Comme si l’humeur de la ville était la sienne. Elle sentit sa présence et leva les yeux de son livre. Elle lui sourit. Il sut alors que tout irait bien.

facebook
Twitter
Follow

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :