Fiction,  Mes articles,  Réflexions

Le voyage ou conte moderne sur le bonheur4 min de lecture

Il était une fois un groupe de voyageurs. Au nombre de dix, ils parcouraient les terres de leur pays natal. Leur but ? Trouver le bonheur (comme si l’on pouvait chercher un concept…).

En effet, dans cette tribu, tous les deux ans, un groupe d’individus s’en allait en quête du bonheur, pour ramener leurs conclusions et raconter leur expérience à leur retour. Ces dix personnes n’étaient pas choisies au hasard : un sage, pour l’oeil de l’expérience, un jeune, pour l’oeil neuf sur le monde, un médecin, pour pouvoir soigner le groupe, un troubadour, pour raconter avec poésie le voyage, un cuisinier, pour que personne ne manque de nourriture, un guerrier, pour assurer la protection de ses camarades, un psy, pour que le moral ne chute pas dans les moments difficiles, un diplomate, pour être sûrs que les rencontres se passent bien, et deux guides, pour qu’ils ne se perdent pas. 

Chaque personne se portait volontaire et expliquait les raisons de sa motivation. La concurrence était rude : la plupart souhaitait absolument vivre cette aventure à la fois unique et difficile. Des règles bien précises encadraient le choix du groupe. Notamment, il devait toujours être composé de cinq hommes et cinq femmes.

Parmi nos héros, le médecin et le psy étaient les plus obsédés par le but de la quête : s’il pouvait trouver le bonheur, la vie ne serait plus que douceur ! Certains partaient pour l’aventure, d’autres pour la recherche, et les derniers pour combler l’ennui de leur vie… 

Quant au jeune homme, il passait le plus clair de son temps à chantonner, venir en aide à ceux qui en avaient besoin, regarder les étoiles. Il s’exclamait toujours devant la beauté des choses et avait décidé de partir en voyage pour admirer son pays plus que dans l’idée de cette quête qui lui paraissait un peu absurde – même s’il se gardait bien de le dire.

Un jour qu’ils escaladaient un flanc de montagne, il s’arrêta, subjugué. La forêt ne cachait plus le paysage et il s’exclama : que c’est beau !

Ses compagnons de voyage le regardèrent, étonnés. 

  • De quoi parles-tu ? On ne voit rien à cette distance !

Il se tourna vers eux, interloqué.

  • Mais, voyons, cette cascade est absolument magnifique, surtout trempée des rayons du soleil ! On dirait comme mille arcs-en-ciel qui se chevauchent…

Le sage du groupe s’approcha de lui, émerveillé par cet être si enthousiaste et positif. Il lui prit les mains et sourit, sans rien dire. Puis, il s’exclama à son tour.

  • Tu as raison, c’est magnifique !

Le médecin les regardait, inquiet, commençant à sortir ses instruments.

Puis, la troubadour s’approcha à son tour et étouffa un cri de surprise.

Les autres, tous venus dans l’idée de la quête, obsédés par leur but, ne virent rien. Ces trois-là – le jeune vivant au jour le jour, le sage et la poète – pouvaient voir la beauté qui se dessinait devant eux. Cette magnifique cascade était invisible à l’œil, et n’apparaissait que grâce à la lumière intérieure de ceux qui la regardaient.

Pourquoi ce conte ? Pour illustrer l’importance de notre regard sur les choses ainsi que la façon dont nous parcourons chacun notre chemin. 

Le jeune homme voit la cascade non pas parce qu’elle est là, mais parce qu’il prend le temps de voir les choses, parce qu’il décide de participer à la quête pour l’aventure et non le but. Le sage la voit car la vie lui a appris que le bonheur se trouve à l’intérieur de nous et non à l’extérieur. La jeune troubadour car elle voit la poésie en toute chose. 

Nous avons si souvent le nez rivé sur notre but que nous ne prenons pas le temps de profiter du voyage. 

Sur ce site, je me veux positive et, par ce conte, je souhaite vous montrer que seul notre lumière intérieure importe : le regard que nous portons sur les choses est plus important que tout le reste. Pour simplifier à l’extrême, c’est le verre à moitié vide ou à moitié plein. 

En cette nouvelle année qui démarre, pleine d’espoir pour certains, d’angoisse pour d’autres, essayons de nous rappeler que la difficulté du voyage en fait aussi l’intérêt. Sans souffrance, comment apprécier les moments de plénitude ? Sans travail, comment apprécier le résultat ?

Il est très facile en ces temps troublés de tomber dans la complainte permanente et de se concentrer sur la sortie de crise, au lieu d’essayer de profiter du voyage. 

L’anticipation constante est un mal de notre siècle. Nous pensons toujours à la prochaine action à venir, au lieu de nous focaliser sur le chemin qui nous y amène. Or, seul le voyage compte. 

facebook
Twitter
Follow

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :